jeudi 16 juin 2011
tout le monde parle toujours tout seul dans la salle du photocopieur
jeudi 26 mai 2011
Une marche
lundi 18 avril 2011
la fin de session, ou comment expier sa joie
dimanche 3 avril 2011
cette photo
lundi 14 mars 2011
tes essais
jeudi 17 février 2011
les p'tits pains sauveurs de couple
mercredi 9 février 2011
Spécimen #3: la souffleuse
Je suis un danger public.
Vous tournez le dos, et hop! j’ai déjà tué votre chien. Ne laissez surtout pas mamie sans surveillance…
Mes mâchoires d’acier broient tout ce qui leur tombe sous la dent, sans aucun scrupule. Je hais les gens qui se me barrent la route, et ma vengeance n’est jamais très loin. Vous avez déjà vu ma tête dans les journaux sous la rubrique « recherchés ». Je suis une criminelle du grand chemin, de l’avenue commerciale et de la rue tranquille. Ah! Comme il est doux de lire la peur dans tous ces petits yeux lorsque j’active ma spirale infernale…
Mais un jour, on m’a surpris en flagrant délit. J’étais libre et puissante, on m’a réduite à l’esclavage, on m’a mariée de force. Attelée à longueur de journée avec un camion abrutissant, je roule tranquillement, inexorablement, à travers les rues de la ville, une après l’autre, après l’autre, après l’autre… Si ce n’était que ça, ce ne serait pas si pire! Mais je dois continuellement me taper le discours de Big Benne sur sa sainte de mère et ses rêves brisés, ses idiotes déclarations d’amour et les railleries des collègues sur notre effarante liaison. Lorsque je mets tout mon cœur et toutes mes énergies à mâcher, broyer et recracher cette neige, c’est ma rage que j’exprime et que j’expie! Seulement, ces mastodontes sont aveugles devant mes tendances destructrices et ne font que me féliciter bêtement pour mon travail impeccable. Seule la gratte comprend la fureur sourde qui gronde dans mes entrailles, elle qui savoure en silence le pouvoir que lui procure sa force. Peut-être un jour nous unirons-nous pour recréer un monde meilleur ailleurs, là où la nourriture est abondante et les automobilistes, croquant sous la dent?
J’endors les soupçons avec de beaux discours sur les bienfaits du vivre-ensemble, les ravissements de la collectivité et les plaisirs de la camaraderie. Je mange mes émotions, je choisis mes combats, mais surtout, je planifie ma libération. Je sais que les regards sont braqués sur moi, moi la folle, l’abatteuse de travail, l’abatteuse tout court. Les rumeurs courent dans mon dos, j’en viendrai à bout, je les manipulerai et les mènerai tous en bateau, ils ne verront rien venir!...
En attendant, je rentre dans le rang. Parfois j’échappe à leur surveillance, et je rêve d’un accident, d’un tout petit et tout bête accident… disons, d’une jambe… un bras?... enfin, du sang…
dimanche 6 février 2011
Spécimen #2: Big Benne
Vous savez, la vie, quand on est gros, lourdaud, maladroit, lent, elle peut sembler bien longue. Alors quand on m’offre quelque chose à faire, ne serait-ce que manger dla neige, ben je le fais. Mon amoureuse me dit que c’est pour le bien de la collectivité. Pis, de toute façon, dans l’équipe, faut bien que quelqu’un fasse la job. Eux, ils ont tous des pelles, des grattes, des accessoires mécaniques sophistiqués. Ils m’impressionnent. Moi ma seule caractéristique c’est d’avoir un gros appétit…
Alors c’est avec lassitude que jour après jour, je mène mon petit bout de chemin. Je me contente de peu : la présence de ma tendre moitié, la douceur de la neige fraîche, et l’action de la ville. Avec un peu de chance, j’aurai droit à une retraite à la campagne, loin du stress de la voirie, et je transporterai de la terre, du sable et du gravier.
Quand j’étais jeune, je voulais être un camion-citerne. Je me voyais déjà, le ventre plein d’essence, transportant une cargaison d’une importance vitale pour mes collègues. On me vouerait le respect; on s’écarterait à mon passage. Mais mon père m’a toujours dit que j’étais pas mieux que lui, et que forcément je suivrais ses traces : camion à vidanges… Malgré tous mes efforts, je suis devenu trop gros, trop vite, et mon physique ingrat a ruiné mes chances dans le transport de matières dangereuses. À défaut de quoi je me retrouve maintenant chauffeur pour résidus de tempêtes.
Certes, c’est tout de même pas si mal. Je suis utile, mettons, 5 mois par année. Je fais partie d’une équipe solidaire : on travaille ensemble, sur les mêmes rues, sur les mêmes bancs de neige. On s’entraide, et je suis content d’avoir trouvé une famille qui m’aime, même s’ils m’appellent Big Benne. Ça j’aime moins par exemple. Je reste stoïque, mais je peux pas m’empêcher d’avoir une pensée pour ma mère, si douce, si gentille, si dévouée, qui m’a toujours appris à me tenir sur mes 22 roues pour mes droits. Si elle me voyait maintenant… Elle était le plus beau camion de recyclage de toute la ville, mais un accident atroce l’a défigurée, et son corps a été tellement mutilé qu’ils ont du l’envoyer à la fourrière en pièces détachées, elle, la grande écologiste. Elle me manque, même si je sais qu’elle n’approuverait pas la vie que je mène. Après tout, ma femme est une ordure…